La première grande crise d'adoption de mon garçon.

Ça s'en venait depuis quelques mois. On l'a voyait venir. Son rejet de plus en plus direct de ma présence dans sa vie pesait dans toutes nos relations. Il me testait.

Le tout a commencé quelque part à la fin de l'année scolaire passée, lorsque son institutrice lui a demandé de parler de sa "vraie" mère. La maudite enseignante avait aussi expliqué à mon fils qu'il a la peau jaune parce qu'il est asiatique. Je la déteste.

Bref, depuis ce temps, il me teste. En me rejetant, en refusant que je le touche ou que je m'occupe de lui, ou il m'ignore complètement. Bref, ce n'était pas jojo dans la maison depuis de longues, longues semaines.

Hier, mon fils a passé la journée à me rejeter, me repousser, me contredire, puis dans la soirée a commencé à dire que je ne l'aimais pas, que je n'étais pas sa mère, qu'il n'avait pas de mère, juste un père, et que j'étais méchante de lui dire le contraire. Son ton montait. Puis il s'est mis à me donner des coups de pieds, et autres exactions qui ne sont pas permises à la maison. Lorsque l'heure du dodo est arrivée, il s'est mis à refuser, nier, tout ce que je lui disais. Toutes mes paroles étaient un mensonge, etc. Je lui ai alors donné une dernière chance: qu'il arrête de contredire et monte avec moi dans sa chambre ou je le mettrais en punition. Il a dit "non".

Comme je l'avais averti, je l'ai transporté sur la chaise de réflexion. S'en suivit une énorme crise de pleurs, de cris et de négation. Je me suis assise devant lui, j'ai nié ses négations, répété sans cesse que j'étais sa maman et ce que fait une mère. Je n'ai jamais levé le ton. J'ai même murmuré. Surtout, je n'ai pas bougé, je ne suis pas partie et surtout, Mamou n'est pas intervenu lorsque le Chaton l'appelait ou qu'il le cherchait des yeux. Le Chaton a hurlé toute sa colère, sa peine et sa confusion. Ce fut long et difficile. Le Chaton a tellement crié, il s'est cassé la voix. Mais, après une longue demi-heure, il s'est jeté dans mes bras et s'est transformé en grosse boule de chagrin. Il a accepté que je le prenne dans mes bras, que je le conforte, que je sèche ses pleurs, a accepté que je comprenais sa colère et je lui ai répété souvent que je n'étais pas fâchée. Il a demandé que je le couche et s'est endormi assez rapidement. Pendant la nuit, il s'est réveillé et m'a appelée pour que je l'ai à se rendormir. Il fallait que j'y sois pour solidifier les maigres gains de la catharsis du Chaton.*

Ce matin, je devais partir très tôt, mais j'espère que les choses iront mieux. Je ne me fais pas d'illusion: cette crise n'est probablement pas finie et ce ne sera pas la dernière crise. Malheureusement, comme nous en savons beaucoup sur sa famille biologique, il a bien plus qu'une image mentale de sa mère biologique tout en ayant aucun espoir d'avoir un contact avec elle. Triste.

Nous avons nos tors dans cette histoire aussi. Nous avons mal expliqué comment on fait les enfants et jusqu'à il y a quelques semaines, il pensait que tous les enfants étaient adoptés. Il va falloir lui raconter l'histoire de son adoption avec plus de détails, en insistant sur notre histoire, notre attente d'un enfant, notre volonté de l'adopter.

Un jour à la fois.

 

 

* Le tout devant @gilliandoctor. J'espère qu'elle n'en est pas trop traumatisée.


Quelques mots sur Jacques Bertand

En regardant tomber le mur de Berlin en 1989

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