En regardant tomber le mur de Berlin en 1989

Comme tout le monde occidental, il y a 25 ans, j'ai été émerveillée par la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'URSS qui s'en suivit. On pensait le voir venir à l'époque, et on n'avait pas tord, mais je crois que tous furent surpris par la rapidité du changement politique. Après quelques trois décennies à être convaincus que nous allions tous mourir des retombées radioactives de la Troisième Guerre mondiale, nous pouvions enfin espérer survivre jusqu'à l'hécatombe environnementale.

À l'automne 1989, je prenais un cours de création littéraire et produisais plusieurs fictions par semaine, généralement des vignettes, ma forme principale à l'époque. Voyez ci-dessous ce que j'ai écrit la semaine de la tombée du mur de Berlin.


Avertissement: Ce qui suit est une œuvre de jeunesse et en comporte tous les défauts. Lisez prudemment.


Ville fortifiée II
Jamais, de mémoire d’homme, n’a-t-on vu la ville si propre. Tous les murs crépis de frais, toutes les rues pavées à neuf, des fleurs à chaque fenêtre, des couleurs aux églises. Et un sourire à chaque visage. Et de l’amour aux jeunes yeux.
La vie est revenue. On marchande, on chicane, on court, on rit. Et on pleure aussi, on a mal, mais moins qu’avant. On vit.
Depuis deux semaines que l’on prépare la fête. Depuis deux semaines, on attend le moment. Pendant qu’au château, on a peur.
Hier encore, dans les rues, on sentait l’excitation dans les odeurs, dans les murmures, dans les yeux. On devinait l’attente, on ne l’exprimait pas. On attendait.
Mais aujourd’hui est jour de fête; on se permet de rire aux éclats, de danser, de chanter. L’enceinte de la ville n’est plus une barrière. Les champs extérieurs sont terrains de pique-nique et pistes de danse. Hier encore, ils étaient cimetières.
Depuis longtemps, on savait la reine malade; depuis longtemps, on attendait son trépas. Le peuple la savait sans héritier aucun. La garde se savait faible face au peuple. La ville se savait prête à se suffire à elle-même. Dans les années passées sous le joug du ferme gouvernement lui avait enseigné la patience. Mais toute patience a ses bornes… Et toute reine aussi.
Ce matin le soleil s’est levé sur la peau bleuie de la défunte. Et tous les yeux de la ville devinrent autant d’astres aussi brillants. On ouvrit les portes de la ville avec autant d’émotion que lorsqu’on ouvre son coeur. Sur chaque jour, au moins un larme, mais dans chaque gorge, un cri de joie, poussant, près à éclater.
La reine est morte! La liberté est reine!
-- 12 novembre 1989

La première grande crise d'adoption de mon garçon.

Approche de fin de session

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